Rapport d’analyse des opportunités de marché pour les industries de l’élevage et de l’abattage en Mauritanie
1. Résumé exécutif et conclusions principales
L’industrie de l’élevage en Mauritanie se trouve à un tournant critique, en transition de modèles traditionnels et extensifs vers des opérations modernisées et à l’échelle, créant des opportunités de marché structurelles. Les conclusions fondamentales de ce rapport sont les suivantes :
Moteur fondamental : Un écart important entre l’offre et la demande constitue la logique de marché centrale. Le taux d’autosuffisance alimentaire du pays n’est que d’environ un tiers, avec seulement 30% de la demande en lait satisfaite localement, entraînant une forte dépendance aux importations. Simultanément, le gouvernement a priorisé la modernisation de l’élevage, pilier de l’économie nationale (contribuant à environ 10% du PIB et 11% de l’emploi).
Domaines d’opportunités clés : Les opportunités d’investissement sont fortement concentrées dans les maillons faibles de la chaîne d’approvisionnement, et non dans le pâturage traditionnel. Elles incluent : la culture et la transformation modernes d’aliments pour animaux (ex. : maïs ensilage, luzerne), l’amélioration des races bovines et ovines et l’élevage intensif, la transformation laitière, et le soutien à l’abattage, la chaîne du froid et la transformation de la viande.
Point d’entrée optimal : L’intégration avec les ressources locales et les projets de coopération internationaux est la stratégie clé pour le succès. La participation active aux programmes de modernisation de l’industrie promus par des organisations comme la FAO, la Banque mondiale et les projets d’aide chinois (ex. : le Centre de Démonstration des Technologies de l’Élevage) peut fournir un accès à la technologie, aux canaux et au soutien politique.
Évaluation des risques : Les principaux défis sont le climat et les contraintes écologiques sévères (le désert du Sahara couvre 80% du territoire), des infrastructures faibles, et des pénuries de technologie et de talents professionnels. Les investissements réussis doivent intégrer des solutions de développement durable axées sur la conservation de l’eau, la protection de l’environnement et l’implication communautaire (ex. : modèle « prêt de bétail »).
2. Analyse de l’environnement macroéconomique du marché national de l’élevage
2.1 Environnement économique et politique
L’économie mauritanienne est engagée dans la diversification. Le gouvernement a placé l’agriculture (incluant l’élevage) au cœur de son cadre stratégique « Croissance Accélérée et Prospérité Partagée ». Pour attirer les investissements étrangers, le gouvernement a établi l’Agence de Promotion des Investissements (APIM) en 2021 comme plateforme de guichet unique, réduisant le temps d’enregistrement des entreprises à 1-2 jours. Le Président Ghazouani a récemment appelé à l’investissement étranger dans l’agriculture et l’élevage durables lors de multiples forums internationaux. En outre, le pays met en œuvre la « Stratégie de Développement du Secteur Rural (SDSR 2025) » visant à renforcer systématiquement la chaîne de valeur agricole et pastorale.
2.2 Fondements sociaux et industriels
L’élevage est un stabilisateur social et une industrie pilier traditionnelle en Mauritanie. Environ 70% de la population rurale en dépend pour ses revenus. L’inventaire national du bétail est substantiel, avec une possession par habitant de grands animaux (bovins et camélidés) à 1 et d’ovins/caprins à 5. Cependant, l’industrie est extrêmement traditionnelle, dominée par un pâturage naturel à faible productivité, fortement dépendant des pâturages naturels et vulnérable à la sécheresse et à la désertification. Cette contradiction—une grande population animale associée à une faible efficacité de production—constitue la force motrice intrinsèque pour la modernisation industrielle et l’investissement de marché.
2.3 Coopération et soutien international
La modernisation de l’élevage mauritanien bénéficie d’un solide réseau de soutien international, créant des canaux favorables pour les capitaux et technologies étrangers :
- Coopération chinoise : Le Centre de Démonstration des Technologies de l’Élevage aidé par la Chine est devenu un hub clé pour le transfert de technologie, introduisant avec succès des fourrages de qualité comme la luzerne et l’herbe de l’empereur, et promouvant des technologies pratiques comme le transfert d’embryons et les abris en acier pour bovins. Des séminaires de haut niveau sur l’élevage sont régulièrement organisés entre la Chine et la Mauritanie, ouvrant la voie à la coopération.
- Soutien d’agences multilatérales : La FAO fournit des plans d’investissement spécifiques pour le secteur laitier et des cultures locales via son initiative « Main dans la Main ». Concurrentment, la FAO et la Banque mondiale offrent une formation sur la Boîte à Outils pour les Investissements et les Politiques du Secteur de l’Élevage (LSIPT) aux pays d’Afrique de l’Ouest (incluant la Mauritanie) pour guider des investissements plus durables.
- Investissement régional et arabe : Les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont également montré un intérêt à investir dans le secteur de l’élevage mauritanien, les forums d’investissement connexes ayant historiquement conduit à des signatures de projets.
3. Analyse approfondie des opportunités du marché segmenté
Les opportunités dans l’industrie de l’élevage en Mauritanie présentent des caractéristiques structurelles distinctes, avec des différences significatives dans les stades de développement et les points d’opportunité entre le secteur avicole et celui des ruminants (bovins, ovins, camélidés).
3.1 Marché de l’élevage et de l’abattage de volaille
L’industrie avicole (poulet, œufs) est à un stade de développement précoce et est cruciale pour combler le déficit de base en protéines.
- Segment de l’élevage : Une demande de marché claire existe. La production d’œufs de consommation et de volaille figurait parmi les projets d’investissement signés au Forum sur l’Investissement dans l’Élevage 2017. Récemment, la province chinoise du Shanxi a exporté avec succès des œufs frais vers la Mauritanie. Ce cas confirme non seulement la faisabilité de l’accès au marché, mais suggère aussi indirectement des pénuries d’offre locales ou des écarts de qualité. L’opportunité d’investissement réside dans l’établissement d’opérations d’élevage à grande échelle et standardisées en cages ou bâtiments, introduisant des races résistantes aux maladies et à haut rendement, et développant des solutions d’aliments localisées.
- Segment de l’abattage et de la transformation : Compte tenu des habitudes de consommation actuelles et de la taille du marché, les opportunités initiales pourraient se concentrer sur l’établissement de points d’abattage centralisés répondant aux normes d’hygiène et de centres de découpe et de distribution de volaille réfrigérée. À mesure que la consommation évolue, des extensions futures dans les aliments transformés (ex. : poulet frit, saucisses de poulet) sont possibles. Actuellement, les données pour ce segment sont relativement rares, indiquant un avantage informationnel pour les premiers entrants.
3.2 Marché de l’élevage et de l’abattage de bovins, ovins, camélidés
C’est le pilier absolu de l’élevage en Mauritanie, les opportunités résidant davantage dans l’amélioration de l’efficacité de l’inventaire existant important (approx. 2 millions de bovins, 1,4 million de camélidés).
- Segment de l’élevage : Les points de blocage principaux sont la « pénurie de fourrage » et la « dégradation des races ». Par conséquent, les opportunités d’investissement sont fortement concentrées sur :
- Industrie fourragère : Investir dans des bases fourragères irriguées à économie d’eau dans des zones plus favorables comme la vallée du fleuve Sénégal, cultivant des fourrages à haut rendement comme le maïs ensilage, le sorgho fourrager et la luzerne. Le Centre de Démonstration chinois a prouvé que des variétés comme l’herbe de l’empereur peuvent augmenter significativement le rendement.
- Amélioration des races et élevage à grande échelle : Investir ou exploiter des fermes de multiplication de races améliorées, promouvant les technologies d’insémination artificielle et de transfert d’embryons (la technologie chinoise a atteint un taux de gestation de 45% pour le transfert d’embryons de vaches laitières). Promouvoir des modèles d’élevage coopératifs comme le « prêt de bétail » pour faire évoluer les exploitations familiales vers des opérations semi-intensives. Établir des démonstrations de parcs d’engraissement modernes fermés pour raccourcir le temps de mise sur le marché et améliorer la qualité de la viande.
- Segment de l’abattage, de la transformation et de la chaîne du froid :
- Transformation laitière : C’est actuellement le domaine d’investissement économiquement le plus clair et documenté par des données. Seulement 30% de la demande nationale en lait est satisfaite localement, avec des importations annuelles valant environ 80 millions de dollars. Les calculs de la FAO montrent qu’un investissement d’environ 60 millions de dollars pour la construction de 120 points de collecte de lait, 12 laiteries, etc., pourrait générer un Taux de Rendement Interne (TRI) de 26,4%. Les opportunités incluent les réseaux de collecte de lait en chaîne du froid, les usines de lait UHT, et les usines de transformation de yaourt et fromage.
- Abattage et transformation de la viande : Bien que des registres d’investissement pour des projets de production et de transformation de viande existent, le secteur global reste très basique. L’opportunité réside dans la construction de complexes d’abattoirs modernes conformes aux normes Halal islamiques et aux réglementations d’hygiène internationales, équipés d’entrepôts frigorifiques et de transport réfrigéré pour permettre le classement, la découpe, l’ajout de valeur et l’approvisionnement stable des marchés de Nouakchott et des zones environnantes. La transformation profonde de la viande de chameau et d’agneau en produits spécialisés est également une direction potentielle.
Tableau : Analyse comparative des opportunités du marché segmenté dans l’industrie de l’élevage en Mauritanie
| Segment | Opportunités d’élevage principales | Opportunités d’abattage/transformation principales | Conditions/Technologies de soutien clés |
|---|---|---|---|
| Volaille | Construction de fermes de ponte/poulets de chair à grande échelle | Abattage centralisé standardisé, centres de distribution réfrigérés | Introduction de races, prévention des maladies, production d’aliments composés |
| Ruminants | 1. Bases fourragères irriguées à économie d’eau 2. Multiplication de races améliorées et parcs d’engraissement 3. Modernisation coopérative des exploitations familiales | 1. Laiteries et réseaux de collecte de lait 2. Abattage Halal moderne et logistique de chaîne du froid | Irrigation goutte-à-goutte, transfert d’embryons, ensilage de fourrage, tests rapides de lait et chaîne du froid |
4. Principaux défis et avertissements sur les risques
- Risques naturels et environnementaux : Plus de 80% du territoire est désert du Sahara, avec des ressources en eau extrêmement rares et une dégradation sévère des prairies. Les technologies d’économie d’eau (ex. : irrigation goutte-à-goutte) et la protection écologique doivent être des pré-conditions pour tout projet d’investissement.
- Goulots d’étranglement infrastructurels : Malgré les efforts du gouvernement dans la construction de routes et de fibre optique, l’approvisionnement en électricité, le transport routier et les réseaux de communication dans les vastes zones rurales restent sous-développés, impactant significativement le choix du site des fermes, les coûts opérationnels et l’efficacité de la distribution des produits.
- Écart technologique et de talents : Les praticiens de l’élevage locaux ont généralement un faible niveau d’éducation, manquant de professionnels dans l’élevage moderne, la prévention des maladies vétérinaires et la gestion d’usine. Les investisseurs doivent planifier des programmes de formation localisés systématiques ou s’appuyer sur la coopération technique avec des institutions comme le Centre de Démonstration chinois.
- Risques de marché et opérationnels : La capacité de consommation locale est limitée et les prix du marché peuvent être volatils. Une étude de marché approfondie est essentielle. Le positionnement du produit pourrait cibler à la fois le marché local milieu/haut de gamme et le potentiel d’exportation vers les pays voisins. Simultanément, la familiarité et la conformité avec les lois locales, les pratiques de travail et les coutumes religieuses/culturelles sont nécessaires.
5. Recommandations stratégiques et voie d’investissement
Pour les acteurs du marché intéressés par l’entrée dans l’industrie de l’élevage en Mauritanie, une stratégie pragmatique par phases, intégrée dans l’écosystème local, est recommandée :
- Phase 1 : Pilote et connexion (1-2 ans)
- Voie : Éviter initialement un investissement indépendant à grande échelle. La meilleure approche est d’agir en tant que partenaire en technologie, équipement ou investissement, en se connectant aux projets de coopération internationaux existants. Par exemple, participer aux projets d’investissement laitier de l’initiative « Main dans la Main » de la FAO ; ou collaborer avec le Centre de Démonstration des Technologies de l’Élevage aidé par la Chine pour établir des fermes de démonstration ou des points de transformation d’aliments dans son réseau de promotion.
- Objectif : Se familiariser avec l’environnement local, construire des relations gouvernementales, valider le modèle économique, et former une équipe locale centrale.
- Phase 2 : Expansion et intégration (3-5 ans)
- Voie : Sur la base du succès pilote, poursuivre une expansion contrôlée le long de la chaîne de valeur. Par exemple, une entreprise d’aliments pourrait établir ou co-construire des bases de cultures à grande échelle ; une entreprise d’élevage pourrait s’étendre à l’abattage ou à la transformation primaire ; un transformateur laitier pourrait s’intégrer en amont avec des coopératives de collecte de lait.
- Objectif : Établir un leadership régional du marché dans 1-2 niches (ex. : fourniture de fourrage, engraissement de bovins, approvisionnement en lait frais urbain), créant un système opérationnel reproductible.
- Phase 3 : Modernisation et leadership (5+ ans)
- Voie : Introduire des technologies agricoles intelligentes plus avancées (ex. : surveillance à distance, alimentation de précision), construire des marques premium vertes, biologiques ou Halal avec des certifications internationales, et explorer l’exportation de produits carnés et laitiers à forte valeur ajoutée vers la région du Maghreb ou les pays de la CEDEAO.
- Objectif : Devenir une entreprise leader conduisant la modernisation de l’élevage en Mauritanie, capturant les bénéfices doubles de la croissance industrielle et de la mise à niveau industrielle.
Conclusion :
Le marché de l’élevage en Mauritanie n’est pas un paradis « d’eaux bleues » mais une « terre de valeur » exigeante. L’opportunité ne réside pas dans la simple réplication de fermes, mais dans le comblement systématique des lacunes de la chaîne industrielle—du fourrage et de la reproduction à la transformation et la chaîne du froid—avec des technologies agricoles de pointe et des modèles de gestion durables. Pour les investisseurs et opérateurs dotés de capacités d’intégration technologique, de patience et de sagesse de localisation, cette terre aux confins du Sahara présente une opportunité historique de transition de la tradition vers la modernité, promettant des bénéfices sociaux et écologiques significatifs parallèlement aux rendements commerciaux.
