Rapport d’analyse sur les opportunités de marché pour l’industrie de l’élevage et de l’abattage au Gabon, Afrique

Rapport d’analyse des opportunités de marché pour l’industrie de l’élevage et de l’abattage au Gabon

1. Résumé exécutif : Opportunités structurelles impulsées par la politique
L’industrie de l’élevage et de l’abattage au Gabon se trouve dans une période d’opportunité stratégique définie par des initiatives étatiques fortes, un énorme déficit d’offre sur le marché et un besoin urgent de modernisation. Pays fortement dépendant des revenus pétroliers et important plus de 90 % de ses produits alimentaires, le gouvernement gabonais a fait de l’autosuffisance en produits agricoles et d’élevage un impératif stratégique national via des politiques centrales comme l’établissement de « Zones à Haut Potentiel Agricole » (ZAP). Cela fournit un soutien politique clair et une protection du marché pour les investisseurs.

Conclusion centrale : L’opportunité sur le marché gabonais consiste essentiellement en la modernisation systématique d’une chaîne de valeur traditionnelle de l’élevage et de l’abattage, fragmentée, arriérée et inefficace, sous la direction claire de la stratégie gouvernementale de « substitution aux importations ». Le rôle des investisseurs doit être celui de « définisseurs de normes industrielles » et d’« intégrateurs de chaîne complète » qui introduisent du capital, de la technologie et des systèmes de gestion modernes pour construire des installations de production et de transformation industrialisées à grande échelle au sein des zones favorisées par la politique (ZAP), comblant ainsi l’important déficit d’approvisionnement en protéines du pays.

2. Aperçu du marché et environnement macroéconomique
2.1 Stratégie nationale et politiques centrales

  • Stratégie des Zones à Haut Potentiel Agricole (ZAP) : Entre 2020 et 2021, le gouvernement gabonais a établi les cinq premières ZAP dans les provinces de l’Estuaire, du Moyen-Ogooué et de la Ngounié, couvrant 75 000 hectares. En 2023, le gouvernement a annoncé des plans pour ajouter la ZAP de Souba dans la province du Haut-Ogooué. Cette stratégie est le principal véhicule pour attirer les investissements et développer l’agriculture et l’élevage.
  • Incitations à l’investissement fortes : Pour encourager l’engagement des investisseurs dans les ZAP, le gouvernement gabonais propose un ensemble d’incitations attractif, incluant : l’allocation de terres selon les besoins, la fourniture gratuite des droits d’usage, et l’exemption des droits de douane pour tous les fournitures, équipements et intrants liés à la production agricole. Les entreprises ne doivent payer qu’une faible taxe foncière plusieurs années après leur établissement et s’engagent par contrat à fournir 50% de leur production agricole au marché local. Les contrats sont typiquement de 25 ans et renouvelables.
  • Intention de coopération de haut niveau claire : Des responsables du ministère gabonais de l’Agriculture ont exprimé une forte volonté de coopération pratique dans le secteur agricole lors de réunions avec des partenaires, créant un environnement politique favorable aux projets de coopération internationaux.

2.2 Fondamentaux industriels et écarts de marché

  • Statut économique et potentiel de marché : Le secteur de l’élevage contribue à environ 4,8% du PIB du Gabon, mais son vaste marché de consommation domestique reste insatisfait. La consommation annuelle de viande par habitant n’est que de 18 kg, bien en deçà de la moyenne régionale, et la demande continuera d’augmenter avec la croissance démographique et l’urbanisation.
  • Structure import-export déséquilibrée : L’industrie de la viande au Gabon présente une structure anormale d’« exportations à haute valeur, faible offre locale ». En 2022, les exportations de viande ont atteint 230 millions de dollars, dont 93% étaient du bœuf congelé, destiné principalement au marché de l’UE. Pendant ce temps, diverses viandes, dont la volaille et le porc, sont fortement dépendantes des importations, indiquant une grave pénurie d’offre locale.

3. Analyse des opportunités et défis par segment
Le tableau suivant analyse les opportunités, les points de blocage et les points d’entrée d’investissement pour les trois segments principaux : volaille, porcs et bovins.

SegmentOpportunités de marché et état actuelPoints de blocage et défis principauxPoints d’entrée et stratégies d’investissement
Volaille (Poulets de chair)1. Priorité politique : Identifié par la FAO comme zone de développement prioritaire pour la ZAP de Kango, visant l’autosuffisance alimentaire.
2. Effet de démonstration : Le CIITTA (Royaume-Uni) a signé un protocole d’accord en 2023 pour investir dans la production de poulets de chair dans la ZAP d’Andem, validant la faisabilité du marché.
3. Forte demande locale : Le poulet est la viande de choix pour les fêtes et rassemblements familiaux, avec une culture de consommation ancrée.
1. Coûts de production élevés : Forte dépendance aux aliments importés, coûts élevés, comprimant les marges.
2. Capacité et technologie arriérées : Dominance de l’élevage de basse-cour à petite échelle, faible productivité, risques élevés de biosécurité (l’influenza aviaire H5N1 a fortement impacté les capacités en 2019).
3. Concurrence des importations : Concurrence de produits avicoles importés bon marché.
1. Modèle d’intégration verticale : Investir dans une chaîne industrielle complète « transformation d’aliments – élevage à grande échelle – abattage moderne – distribution en chaîne du froid » au sein d’une ZAP. Construire une usine d’aliments est central pour le contrôle des coûts et la sécurité.
2. Marque de haute norme : Introduire la technologie d’élevage en bâtiment fermé pour produire du poulet frais/congelé traçable de marque, mettant en avant « sûr, frais, local » pour se différencier des importations.
3. Tirer parti des avantages politiques : Postuler activement pour s’établir dans une ZAP pour utiliser pleinement les avantages (terrain gratuit, exemptions de droits de douane sur les équipements).
Bovins (y compris buffles)1. Base de ressources solide : Cheptel national d’environ 1,8 million de têtes, production annuelle de 120 000 tonnes, indiquant une dotation significative en ressources.
2. Orientation à l’exportation mature : Dispose d’un système d’exportation de bœuf congelé établi avec accès au marché de l’UE, et le port de Libreville a une bonne capacité de manutention de la chaîne du froid.
3. Accès au marché ouvert : Le Gabon a ouvert son marché aux exportations de bétail reproducteur de pays comme le Brésil, montrant un intérêt pour l’amélioration des races locales et la modernisation de l’industrie.
1. Méthodes de production primitives : 70% du cheptel est en élevage extensif, entraînant de faibles taux de commercialisation et une faible productivité.
2. Transformation arriérée : La mécanisation de l’abattage est inférieure à 30%, avec des taux de perte de produits atteignant 25%. Le pays ne dispose que d’une seule ligne d’abattage moderne certifiée UE, indiquant une grave pénurie de capacité de transformation.
3. Risque de maladies : Des maladies comme la fièvre aphteuse ont causé des pertes économiques importantes, et le système de services vétérinaires est faible.
1. Investir dans des centres modernes d’abattage et transformation : C’est le maillon le plus urgent et à plus forte valeur ajoutée de la chaîne actuelle. L’investissement peut se concentrer sur la construction de nouveaux abattoirs/ateliers de découpe aux normes UE avec entreposage frigorifique, servant à la fois les marchés d’exportation et domestiques.
2. Développer l’engraissement intensif : Partenariat avec des éleveurs pour établir des parcs d’engraissement modernes près des principales zones de pâturage, utilisant une alimentation scientifique pour raccourcir le cycle d’engraissement et stabiliser/améliorer la qualité et l’offre de bœuf.
3. Explorer le branding local : Au-delà des besoins à l’exportation, développer des produits de bœuf frais/réfrigérés, emballés sous atmosphère modifiée pour le marché local milieu/haut de gamme (hôtels, supermarchés) pour établir une marque locale.
Porcs1. Objectif de développement clair : Aux côtés de la volaille, identifié comme un axe de développement clé pour la ZAP de Kango, bénéficiant du même soutien politique.
2. Demande de marché stable : La demande de consommation de porc continue de croître régulièrement dans des provinces comme l’Ogooué.
3. Modèles de succès reproductibles : Des exemples locaux existent d’expansion réussie de l’élevage porcin via des modèles coopératifs, démontrant l’évolutivité du marché.
1. Industrie extrêmement fragmentée : Dominée par l’élevage familial de basse-cour, manquant de systèmes de production à grande échelle et standardisés.
2. Chaîne d’approvisionnement fragile : Offre d’aliments instable et coûteuse entravant fortement le développement de l’industrie.
3. Manque de transformation et canaux de vente : Absence d’installations modernes d’abattage, de découpe et de chaîne du froid rendant difficile l’entrée des produits dans les canaux de consommation principaux.
1. Modèle « Ferme noyau + Élevage contractuel » : Établir une ferme de multiplication et de démonstration à haute biosécurité au sein d’une ZAP, tout en signant des contrats d’élevage avec des agriculteurs environnants, fournissant porcelets, aliments, technologie, et assurant le rachat responsable pour atteindre rapidement l’échelle.
2. Production d’aliments spécialisés de soutien : Investir dans la construction de lignes de production d’aliments dédiées, adaptées aux besoins nutritionnels des porcs, pour assurer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement et réduire les coûts des éleveurs.
3. Construire des points de transformation régionaux : Investir dans des lignes d’abattage et de découpe de petite/moyenne taille aux normes d’hygiène pour produire de la viande réfrigérée pour les marchés urbains de la région environnante.

4. Risques clés et défis complets

  • Goulots d’étranglement infrastructurels et opérationnels : Bien que les infrastructures dans les ZAP soient partiellement développées par le gouvernement, le réseau national de transport intérieur et de logistique du froid reste faible, et l’approvisionnement en électricité peut être peu fiable. Les investisseurs doivent inclure des solutions d’alimentation de secours et de logistique interne dans la planification du projet.
  • Chaîne d’approvisionnement et concurrence du marché : Les intrants clés (matières premières pour aliments, médicaments/vaccins vétérinaires) dépendent des importations, rendant les coûts vulnérables aux fluctuations du marché international et des taux de change. Une concurrence existe avec les produits carnés importés compétitifs en prix venant de régions comme l’UE et le Brésil.
  • Processus foncier et d’approbation : Certaines zones de ZAP concernent des forêts, nécessitant l’achèvement d’un processus de « défrichement » avant de pouvoir être utilisées à des fins agricoles, ce qui peut ajouter du temps et des coûts initiaux. L’établissement d’entreprise nécessite des demandes séquentielles à l’Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) pour l’enregistrement, au bureau de la ZAP pour les permis agricoles, et la signature d’un contrat de concession avec le gouvernement — processus nécessitant un soutien juridique professionnel.

5. Recommandations stratégiques et voies d’entrée
5.1 Modèles de coopération et d’affaires

  • Alignement politique, saisir la position stratégique : La stratégie principale est d’engager directement l’ANPI et les bureaux des ZAP, d’étudier minutieusement les caractéristiques de chaque ZAP, de sélectionner la zone la plus adaptée au positionnement du projet, de viser à devenir un projet de référence et d’utiliser au maximum les incitations politiques.
  • Développement par intégration verticale : Étant donné que les aliments sont un facteur de coût central et que la transformation est le point de plus grande valeur ajoutée, planifier simultanément des usines d’aliments de soutien et des abattoirs/usines de transformation dès la conception initiale des projets d’élevage est clé pour le contrôle des risques et l’amélioration de la rentabilité.
  • Coopération technique et autonomisation locale : Suivant des modèles comme ceux de la FAO et du CIITTA, les technologies avancées de gestion d’élevage, de contrôle des maladies et de production d’aliments peuvent être des composants importants de la coopération. Le partenariat avec des coopératives ou agriculteurs locaux peut remplir la responsabilité sociale de l’entreprise tout en stabilisant les sources d’approvisionnement en amont.

5.2 Feuille de route de mise en œuvre par phases

PhaseObjectifsActions clés
Phase 1 : Engagement politique et pilote (1-2 ans)Finaliser les approbations, établir un projet de démonstration à petite échelle, valider le modèle économique.1. Compléter l’enregistrement de l’entreprise auprès de l’ANPI, obtenir les permis agricoles de la ZAP, signer le contrat de concession foncière.
2. Au sein de la ZAP sélectionnée, construire une ferme de démonstration avicole ou porcine moderne de taille moyenne avec un atelier d’aliments de soutien.
3. Partenariat avec des distributeurs locaux pour des ventes tests, construire la notoriété du marché.
Phase 2 : Expansion de capacité et soutien à la transformation (3-5 ans)Atteindre des économies d’échelle, établir la capacité de transformation centrale, construire la marque.1. Étendre l’échelle d’élevage, reproduire le modèle réussi.
2. Investir dans la construction d’une usine d’abattage/transformation moderne centrale et d’un entrepôt frigorifique, réalisant le saut du produit primaire à la marchandise standardisée.
3. Établir son propre système de marque et de distribution en chaîne du froid, entrant dans les chaînes d’approvisionnement des supermarchés et de la restauration des grandes villes comme Libreville.
Phase 3 : Approfondissement de la chaîne de valeur et expansion du marché (5+ ans)Devenir un leader du marché, se développer dans les produits à haute valeur ajoutée et les marchés régionaux.1. Intégrer davantage les ressources en amont (sélection génétique, matières premières pour aliments).
2. Développer des gammes de produits à plus forte valeur ajoutée (prêts à consommer, produits carnés préparés).
3. Tirer parti des accréditations à l’exportation matures du Gabon et des installations portuaires pour explorer l’exportation de produits conformes vers la région d’Afrique centrale et même le marché de l’UE.

6. Conclusion
La carte des opportunités pour l’industrie de l’élevage et de l’abattage au Gabon est claire : d’un côté, le gouvernement offre un ensemble d’incitations extraordinaires de « coût foncier nul, droits de douane nuls » via les ZAP ; de l’autre, un vide de marché énorme correspondant à une dépendance aux importations de 90% pour la viande. Cette combinaison unique en fait l’un des marchés les plus certains politiquement et favorables à l’investissement en Afrique centrale-ouest.

Les investisseurs qui réussiront doivent être une combinaison d’« arbitragistes de politiques stratégiques » et d’« ingénieurs de modernisation industrielle ». D’une part, ils doivent s’intégrer efficacement et conformément à la stratégie nationale de développement agricole, transformant les avantages politiques des ZAP en fondation du projet. D’autre part, ils doivent réaliser des investissements capitalistiques dans les maillons les plus faibles de la chaîne industrielle—les aliments et la transformation—construisant des fossés concurrentiels via la technologie et le capital. Pour les investisseurs recherchant des retours stables à long terme et souhaitant s’établir en Afrique francophone, c’est le moment opportun pour entrer au Gabon, sécuriser des ressources politiques rares et définir les normes industrielles.

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